– Vie de la Cigogne blanche des Barthes de l’Adour : De la Naissance à l’Envol –

Episode 1 : Habitat et plateforme artificielle ! Photo CP du 4 janvier 2019. Cliquer sur l’image pour l’agrandir

Depuis les années 80 dans les Barthes de l’Adour, pour inciter la Cigogne blanche à s’implanter dans cette région humide des Landes de Gascogne, l’homme lui a tout simplement forcé la main en lui façonnant une plateforme artificielle à faible coût…

Construit dans les années 2000 avec du matériel de récupération, ce logement à ciel ouvert situé à près de 9 mètres du sol a véritablement tout pour plaire lorsque l’on veut se sentir en sécurité !
En général, la cigogne obéit à trois principaux impératifs pour décider de l’emplacement de son nid en un site donné :
– L’aire est aménagée en hauteur pour échapper aux prédateurs terrestres.
– La localisation du nid doit permettre au couple d’observer et de surveiller à distance les alentours afin de guetter l’arrivée d’un quelconque danger.
– La relative proximité des zones de nourriture est aussi très importante car l’existence de milieux favorables très proches du nid favorise encore plus la nidification, et donc, de l’élevage des jeunes.

Il faut savoir que depuis quelques années, nos Cigognes blanches connaissent malheureusement la crise du logement et les places pour bâtir son nid deviennent de plus en plus difficiles à trouver le long du fleuve.

Espèce grégaire, la Cigogne blanche aime généralement vivre au sein d’une même colonie. Pratique et conviviale, la colocation est le plan actuel le plus avantageux. Les loyers sont bon marché et les colocataires peuvent bénéficier d’un espace de vie plus grand à faible coup. Autre avantage le long des berges de l’Adour me diriez-vous ? Le loyer est totalement gratuit et voilà que nos belles Cigognes blanches landaises sont à coup sûr exemptées de tout paiement de la taxe d’habitation qui ne cesse pourtant de progresser dans tous les hameaux et villes de France.

Mais qu’on se le dise, la colocation a aussi ses inconvénients ! Supporter le bruit, les habitudes, les attitudes de ses congénères et le manque d’intimité peuvent en rebuter quelques-uns. Le couple de Cigognes blanches qui occupe ce nid l’a bien compris et préfère vivre à l’écart de la communauté. Mieux encore, ce joli couple que nous allons suivre ensemble cette année apprécie clairement la compagnie des hommes…

Pour conclure cette brève introduction, ce couple d’amies haut sur pattes que vous découvrirez très prochainement se prête volontiers au jeu des photographies lorsqu’il s’agit de poser devant l’objectif !

Episode 2 : Le nid ! Photo CP du 6 janvier 2019. Cliquer sur l’image pour l’agrandir

Le long du fleuve Adour, bien que certains logements devenus insalubres restent parfois partiellement inhabités, pour celui-ci, rassurez-vous, il n’en est rien ! 

Pouvant peser jusqu’à plusieurs centaines de kilos, le nid sera régulièrement aménagé dès le mois de février à la convenance du couple. Mâle et femelle prennent les décisions ensemble et apporteront d’ici quelques temps, de nouveaux matériaux pour consolider leur nid douillet. 
Pour la petite anecdote, je connais à quelques encablures d’ici une plateforme artificielle dont le poids en ferait pâlir plus d’un puisque le nid – à lui seul – pèserait… plus d’une tonne !

L’aire en elle-même est composée d’inextricables branches sèches formant l’assise et les pourtours. L’intérieur est garni d’herbe sèche, de paille, de foin et de feuilles – mais parfois aussi et vous l’avez probablement déjà constaté – porte des traces de nos civilisations : lambeaux de tissu, plastiques, papiers et ficelles en tout genre ne sont pas sans risque pour les cigogneaux qui s’étranglent ou s’étouffent parfois. Quelques années en arrière, j’avais œuvré pour la bonne cause en sauvant d’une mort certaine un cigogneau ayant ingurgité des joints pour bocaux dans son estomac !

Comme vous pouvez le constater sur cette photographie, des graines ont probablement été apportées par inadvertance lors du réaménagement du nid par les cigognes au printemps dernier avec les herbes de fourrage se trouvant dans le champ à proximité.
Il n’est pas à exclure également que certains passereaux ou moineaux qui aménagent à leur tour leur propre nid dans les basses couches de l’aire ne les aient pas apporté involontairement !

Le nid étant abandonné par le couple de Ciconiidés à la mi-juillet, au mois d’octobre, les conditions météorologiques étant favorables, chaleur et humidité auront tout simplement permis aux graines de germer…

Episode 3 : Le nid ! Photo CP du 8 janvier 2019. Cliquer sur l’image pour l’agrandir

Contrairement à ce que bon nombre d’entre-vous pourriez penser, la coupe intérieure du nid n’est pas partiellement bombée tel un nid d’hirondelle. Sa surface est plane et ferme, surtout en fin de reproduction lorsque les poussins l’ont largement piétiné.

La taille et le poids du nid varient considérablement selon son age et l’ardeur du couple à le renforcer chaque année. En général, un nid de l’année ne dépassera pas 1 mètre de diamètre pour 50 centimètres d’épaisseur. Mais à fortiori, s’il est utilisé depuis de nombreuses saisons, son diamètre pourra atteindre plus d’1.50 mètres de diamètre et dépasser les 3 mètres d’épaisseur…

Episode 4 : Un couple charismatique ! Photo CP du 21 janvier 2019. Cliquer sur l’image pour l’agrandir

Quand l’heure est venue de faire les présentations avec les propriétaires des lieux. En image, un joli couple charismatique qui a tout pour plaire et auquel probablement chacun de nous pourrait s’identifier !

Chez ce couple de Cigognes blanches que je côtoie depuis maintenant une paire d’années, si je devais le décrire rapidement en quelques mots, allure, prestance et élégance seraient les maîtres-mots qui figureraient tout en haut du classement !

Unis par les liens du mariage (j’ouvrirai très prochainement une petite parenthèse sur la fidélité et l’infidélité du couple chez ces Ciconiidés), ce couple néanmoins s’aime à en perdre la raison…

Chez la Cigogne blanche, et ce pour rester dans le vif du sujet, le dimorphisme sexuel est peu apparent et bien souvent, il est assez difficile de différencier au premier coup d’œil le mâle de la femelle… Ce couple d’échassiers n’étant pas bagué, il faudra se baser tout simplement sur quelques indices visuels pour les individualiser.

En général chez la gent masculine, la silhouette du mâle est moins élancée que celle de la femelle. Sa taille est un plus imposante avec un bec plus intimidant !

Pour conclure ce nouvel épisode, « Roméo et Juliette » seront les deux prénoms que je donnerai à chacun des deux prétendants pour que vous puissiez plus facilement les reconnaître. Mais contrairement à la pièce de théâtre de William Shakespeare parue en 1597, nous ne parlerons pas de prétendue tragédie dont la mort d’un des deux amants a réconcilié leurs familles ennemies – puisqu’à l’heure actuelle et vous l’aurez bien compris – il n’en est rien, bien au contraire !

Depuis quelques années, notre duo se porte à merveille et en toute connaissance de cause dans les Barthes de l’Adour, mes charmantes voisines de palier n’ont strictement rien à craindre car elles n’ont que très peu de prédateurs naturels si ce n’est tout simplement l’espèce humaine !

Espèce protégée dans l’Hexagone depuis l’arrêté du 17 avril 1981, la Cigogne blanche bénéficie d’une totale protection sur tout le territoire français. Il est donc strictement interdit de la tuer, de la mutiler, de la capturer morte ou vivante et de la colporter, de détruire son nid, de prélever ses œufs, ses poussins et bien entendu, de la perturber intentionnellement…

Après une bonne quinzaine de jours d’attente et un préjudice d’angoisse assez palpable, Roméo situé en arrière-plan de l’image a enfin retrouvé sa belle car Juliette sa bien-aimée vient tout juste de revenir de migration.

Sachez également que le premier accouplement a bien eu lieu sous mes yeux cet après-midi. Dans l’espoir de glaner quelques photographies de leur relation intime tout en ne voulant pas heurter la sensibilité d’un public non averti, le temps est venu à présent d’abandonner nos amoureux afin de les laisser en paix vaquer à leurs occupations !

Episode 5 : La Cigogne blanche, fidèle ou infidèle ? Photo CP du 15 février 2019. Cliquer sur l’image pour l’agrandir

Si depuis la nuit des temps, l’homme a fait de la cigogne un symbole de fidélité et de fécondité – à contrario sur le terrain – l’observation des individus bagués a pu démontrer une réalité bien plus complexe.
La fidélité, on y croit tous comme fer ! Jusqu’au jour où la rencontre d’un jour va tout remettre en question pour parfois commettre l’irréparable : l’adultère ! 

Le mimétisme comportemental chez la Cigogne blanche serait tout simplement une stratégie d’adaptation. Il faut bien voir la vérité en face et se rendre à l’évidence : hélas et nous pouvons désormais le confirmer, cette bonne vieille tradition populaire a bien failli à la règle car contrairement à ce que tout le monde pouvait imaginer, la cigogne est bel et bien parfois un peu volage !

Un mythe vient vraisemblablement d’être cassé ! Mais comme le dit si bien le proverbe, faute avouée est à moitié pardonnée. L’infidélité faisant partie intégrante des problématiques de la vie de couple, la Cigogne blanche est à l’image de l’homme : elle est loin d’être parfaite !

Parfois imprévisibles il est vrai, certaines circonstances leur fournissent l’occasion de commettre l’adultère… Mais entre-nous, chez la Cigogne blanche, tromper est-il un péché impardonnable ? Ne comprenant pas totalement leur langage, je suis malheureusement incapable de pouvoir répondre à cette interrogation à l’heure actuelle !

Sachez tout simplement que chez ce grand échassier qui se complaît dans nos marais, certains couples restent fidèles plusieurs années avant de se séparer, quelque soit le succès de la nidification alors que pour d’autres, ils se séparent alors même que leur reproduction réussit.

Par contre, si l’un des deux partenaires devait être amené à disparaître en période de nidification, ce dernier serait très rapidement remplacé afin d’assurer au plus vite une nouvelle descendance.
Ce phénomène, j’ai pu le constater par moi-même sur le terrain un matin printemps, il y a de cela quelques années. Probablement malade, un jeune mâle bagué que je suivais dans l’une des nombreuses prairies qui bordent le fleuve avait été retrouvé mort au sol, à quelques mètres du nid…

Moins de quinze jours plus tard, sa veuve que je croyais éplorée avait déjà trouvé un nouveau partenaire. Il est probable que chez la Cigogne blanche, sortir le plus rapidement du deuil est tout simplement une question de survie.

Réflexion faite, voilà vraisemblablement l’une des raisons qui nous poussent à croire que la femelle reste plus fidèle et plus attachée à son nid qu’à son partenaire, et cela, tout au long de sa vie !

Episode 6 : Les origines probables de la Cigogne blanche des Barthes de l’Adour ! Photo CP du 24 janvier 2019. Cliquer sur l’image pour l’agrandir

Situé sur le couloir migratoire ouest-européen, le département des Landes (et plus particulièrement les zones humides des Barthes de l’Adour) a accueilli de nombreux couples de Cigognes blanches depuis les années 80.

Le milieu marécageux convenant très bien à ce grand échassier, la présence de ce dernier a souvent permis à ses congénères migrateurs de se poser dans ce petit coin de paradis perdu ancré dans la vallée de l’Adour. Cigognes blanches allemandes, belges et hollandaises s’y sont même installées depuis des décennies car dans les prairies du fleuve au paysage fort contrasté, il fait bon vivre et bien souvent, on y mange toujours à sa faim.

Cependant, grâce aux différents contrôles effectués sur des oiseaux bagués (nous reviendrons plus tard sur l’intérêt du baguage), ces vérifications ont révélé que la majorité des Cigognes blanches baguées provenaient principalement du nord de l’Espagne.

Contrairement à son homologue française, la cigogne espagnole, elle, n’a jamais frôlé l’extinction. Mieux encore, et cela depuis les années 2000, des dizaines de milliers de couples y ont été recensés ! Véritable Eldorado pour la Cigogne blanche, la péninsule Ibérique séduit par ses vastes décharges qui fleurissent malheureusement les sols.
Photo Alain Dubau

Attirés par les grands dépotoirs à ciel ouvert où les déchets leur offrent une nourriture abondante, ces grands échassiers ont préféré renoncer à la grande migration annuelle susceptible pourtant de les mener en terre africaine – leur évitant ainsi et vous l’aurez compris – un long et épuisant voyage !
Pire encore, c’est à proximité même de ces centres de rassemblement et de traitement des déchets que bon nombre de Cigognes blanches ont décidé de résider à l’année !

Fuyant probablement une économie minée par l’austérité pour certaines d’entre-elles, il semblerait donc que certains individus aient choisi les Barthes de l’Adour pour s’installer, permettant ainsi de renforcer les effectifs français et européens déjà présents sur le site…

Episode 7 : Parade nuptiale et jeux de séduction ! Photo CP du 4 février 2019. Cliquer sur l’image pour l’agrandir

Véritable spectacle chez la Cigogne blanche, la parade nuptiale est une étape autant primordiale que déterminante avant de passer à l’acte car comme toutes les espèces en période de reproduction, c’est la femelle qui est le sujet de la séduction…
Déployer les grands moyens pour s’attirer les faveurs de sa belle ! Se pavaner, faire le beau et rouler des mécaniques reste une parade imparable chez Ciconia ciconia en matière de séduction car il faut avant tout susciter l’attention de sa partenaire ! 

Hauts perchés sur leur nid, « Roméo » parade alors que « Juliette », sa bien-aimée est un tantinet provocatrice ! Adoptant parfois des postures bien curieuses le croupion soulevé à la hauteur du dos, notre invétéré séducteur – qui a bien souvent le cou renversé en arrière sur le dos avant de revenir vers l’avant pour mieux recommencer – est accroupi sur le nid, les ailes pendantes…

Assidu auprès d’elle, « Roméo » cherche à tout prix à lui plaire. Notre homme est galant, il courtise sa dame et l’échange de regard possède un effet instantané chez ce couple de longue date. Chez nos amoureux, le regard provoque tout simplement l’attirance, où le désir de l’un réveille le désir de l’autre !

Sachez qu’à cet instant, le contenu de la conversation a beaucoup d’importance même si le langage adopté par la Cigogne blanche est bien différent du nôtre et pour cause ! Cet échassier aux longues pattes est incapable de chanter et par conséquent, de donner de la voix pour jouer ainsi la sérénade…

Quand la séduction stimule le désir ! 

Si chez l’être humain, les cordes vocales lui permettent de s’exprimer, chez les oiseaux, la syrinx est l’organe de chant qui donne lieu à faire des vocalises. Bien que cet accessoire indispensable aux oiseaux chanteurs ne soit pas présent chez la cigogne, elle sait pourtant se faire entendre d’une autre manière grâce à son bec.

Le craquètement ! Selon les circonstances et son état d’excitation, l’échassier va tout simplement claquer les deux mandibules de son bec plus ou moins rapidement. Le plus souvent lancés du nid, les claquements du bec sont utilisés pour diverses interactions sociales (des sifflement et chuintements viennent régulièrement accompagner ces bavardages) et sont largement amplifiés par la poche membraneuse que l’on observe sur sa gorge. Le sac gulaire a pour effet de faire office de caisse de résonance et chez la Cigogne blanche, voyez-vous, exprimer un désir comme ici – ou un mécontentement peut se faire entendre à plusieurs centaines de mètres à la ronde ! 

Au printemps, l’art de l’éloquence à la séduction est un jeu qu’un grand nombre de nos Cigognes blanches savent jouer à merveille afin de gagner le droit de se reproduire ! Grâce à des rituels très complexe, ces oiseaux de bon augure misent avant tout sur leur style pour arriver à leur fin, comme celle d’assurer une descendance et garantir la survie de l’espèce !

Episode 8 : L’accouplement ! Photo CP du 25  février 2019. Cliquer sur l’image pour l’agrandir

Se sentir pousser des ailes lorsque l’on est amoureux ! Pour nos deux amants « Roméo et Juliette », aimer à cette période de l’année, c’est aussi éprouver du désir, comme avoir envie l’un de l’autre… L’amour fait du bien et un câlin ne présente que des avantages car preuve du contraire, les rapports sexuels sont loin d’être néfastes pour la santé ! 

Chez la Cigogne blanche, la copulation resserre avant tout les liens du couple qui est uni durant toute la période de reproduction…
Pour booster l’humeur de nos amoureux, l’accouplement est l’ingrédient principal d’un bon début de journée. La concentration en hormones sexuelles étant à son paroxysme, elle met la Cigogne blanche dans cet état d’exaltation…

S’accoupler le plus souvent augmente les chances de concevoir !

Bien que souvent acrobatiques, les accouplements s’effectuent toujours au nid et ne durent jamais plus de quelques secondes. Ils seront très fréquents de février jusqu’à la ponte – qui en général – s’effectue fin mars et courant avril pour la majorité des couples.

Le coït ! Pour s’accoupler, le mâle tel un véritable équilibriste monte la femelle par l’arrière, s’accroupit puis se balance sur le dos de sa partenaire. Les deux oiseaux placent leur queue sur le côté, retournent les plumes situées autour du cloaque puis mettent en contact leur cloaque respectif (système génital des oiseaux), le mâle transférant très rapidement dans l’orifice génital femelle une goutte de son sperme…

Depuis plusieurs jours dans les Barthes de l’Adour, l’oiseau tout de blanc vêtu s’adonne à un véritable marathon du sexe et aujourd’hui encore, notre joli couple s’active tout simplement pour la survie de son espèce ! Rappelons au passage que préliminaires et jeux de séduction leur auront permis de s’apprivoiser afin de se préparer au mieux à l’acte reproducteur…

Episode 9 :  Procambarus clarkii, l’écrevisse de Louisiane ! Photo CP du 6 mars 2019. Cliquer sur l’image pour l’agrandir

Véritable gladiateur des temps modernes, Procambarus clarkii plus connue sous le nom de l’écrevisse de Louisiane est bel et bien une combattante hors-pair !

Originaire du Sud-Est des Etats-Unis, cette espèce des plus nuisibles a pourtant bien envahi tous nos cours d’eau. Importée en France dans les années 70 à des fins de consommation, ce redoutable prédateur est un véritable fléau qui se complaît dans toutes les eaux françaises…

Pouvant vivre une dizaine d’années et dépasser les 10 cm à l’âge adulte, ce décapode d’eau douce est facilement reconnaissable grâce aux points rouges qui ornent ses pinces et son corps. Préférant les eaux dormantes, stagnantes voire même polluées, cette guerrière tout terrain s’attaque à toute la faune et à la flore aquatique qui l’entoure !

Détruire l’écosystème local pour mieux pouvoir y régner en maître !

Agressive et robuste, l’écrevisse de Louisiane au régime omnivore sait s’adapter à une variation importante des températures. Avec un taux de reproduction très élevé, elle creuse le long des berges des galeries souterraines pouvant mesurer plus de 2 mètres de longueur. Dans son terrier, cette écrevisse y pond deux fois par an des centaines d’œufs et c’est en toute en sécurité qu’elle y élèvera sa progéniture à l’abri des prédateurs…

Opportuniste, l’écrevisse de Louisiane est aussi porteuse d’un champignon qui se véhicule dans l’eau. Plus connue sous le nom de la « peste de l’écrevisse », cette maladie contamine et éradique les écrevisses locales dites indigènes qui inexorablement, disparaissent au fil du temps…

Prédateur de l’extrême des plus envahissants, Procambarus clarkii pourtant pourvue de branchies est la seule espèce d’écrevisses capable de survivre plusieurs jours hors de l’eau. Pour mieux régner en maître sur des territoires encore vierges et inexplorés, cette tueuse invétérée parcourt à travers champs plusieurs kilomètres à pattes et à pinces lui permettant ainsi de coloniser spontanément de nouveaux plans d’eau ! Par ailleurs, les combats sur le terrain avec un partenaire de la même espèce sont monnaie courante et bien souvent, après un long duel acharné, l’un des deux protagonistes finira dévoré vivant…

Si il semble bien difficile d’éradiquer l’écrevisse de Louisiane en France, sachez tout de même que bon nombre d’animaux et d’espèces d’oiseaux raffolent de ce crustacé d’eau douce.

Mais rassurons-nous puisque le milieu humide et marécageux des Barthes constitue un excellent garde-manger pour un oiseau en particulier qui en est très friand. Depuis quelques années en effet, cet hôte indésirable est tombé sur le long bec de la cigogne qui s’est spécialisée dans sa capture ! La présence de ce petit homard d’eau douce expliquerait en partie la raison pour laquelle la Cigogne blanche est venue s’installer dans les Barthes de l’Adour. Photo Alain Dubau

Dans les prairies humides du fleuve, cet échassier en fait tout simplement une très grande consommation. Voilà donc un excellent moyen de réguler les populations d’écrevisses dans notre belle région !

Episode 10 :  Ponte et couvaison ! Photo CP du 13 mars 2019. Cliquer sur l’image pour l’agrandir

Chez la Cigogne blanche qui n’élève qu’une seule portée par an, la ponte s’effectue mi-mars et courant avril. Bien que la femelle ponde généralement 3 à 4 œufs (exceptionnellement de 2 à 6, tout est fonction de l’abondance de nourriture), le taux de productivité diffère selon que le couple reproducteur est constitué de jeunes oiseaux ou de cigognes aguerries ayant acquis de l’expérience.

« Roméo et Juliette » nidifiant depuis de nombreuses années, nos deux amants font partie de ces couples expérimentés qui restent généralement plus productifs que leurs homologues plus jeunes lorsqu’il s’agit de donner naissance…

L’œuf déposé par la femelle, à peine plus gros que celui d’une poule est de couleur blanc sale. Chez la Cigogne blanche, chaque œuf est pondu à 48 heures d’intervalle en moyenne. Dans plusieurs semaines, si rien ni personne ne vient importuner la couvaison, les poussins sortiront des œufs l’un après l’autre, les premiers-nés ayant une avance sur les suivants…

Bien que la nuit, la couvaison est assurée par la femelle pendant toute la période d’incubation qui dure une bonne trentaine de jours, la journée, le couple se relaie toutes les 2 à 3 heures pour couver avec précaution les œufs, sans oublier de les retourner régulièrement avec leur bec pour mieux répartir la chaleur.

Cet après-midi, « Roméo » est mis à contribution pendant que sa douce est partie se dégourdir les ailes et se chercher de la nourriture ! Du haut de sa vigie, notre mâle bienveillant a pour mission de prévoir et prévenir le danger, d’assurer la surveillance et la protection de sa future descendance en couvant ses œufs du mieux possible.

Bien entendu, tout intrus voulant approcher de trop prêt son nid sera accueilli à coups de bec sans aucune sommation !

Episode 11 : Le vol de la Cigogne ! Photo CP du 24 janvier 2019. Cliquer sur l’image pour l’agrandir

Véritable source d’inspiration en matière d’aéronautique, l’aile de la Cigogne blanche a toujours fasciné les hommes. Bien que la plupart des inventions humaines sont issues de l’observation de la nature, en aéronautique, les grands oiseaux migrateurs ont largement contribué à améliorer les performances aérodynamiques d’un aéronef.

Pour permettre à la cigogne de planer sans effort dans les airs et tournoyer dans les ascendances thermiques, la nature n’a rien laissé au hasard et cette dernière a plutôt bien fait les choses : elle lui a tout simplement donné des ailes ! Etant donné que le type d’aile est totalement différent pour chaque espèce donnée, concernant la Cigogne blanche, Dame Nature lui a réalisé des ailes sur mesure et bien adaptées à toutes les situations.

En effet, Ciconia ciconia est plutôt exigeante lorsqu’on lui demande d’aller voler et son aile demande une attention toute particulière. L’aile doit cependant répondre à certains critères particuliers comme par exemple :
– Permettre au grand échassier de pouvoir décoller et atterrir dans les endroits les plus exigus malgré son poids et sa taille imposante.
– L’aile doit être adaptée au vol ascensionnel et lui assurer de la portance en produisant un effort physique minime dans la bulle de convection (ascendance thermique).
– L’aile doit lui permettre de voler lentement, tout en offrant résistance et assurance mais aussi lui promettre une grande stabilité en spirale.

Avec son allongement modéré, la Cigogne blanche a su rivaliser d’ingéniosité et repousser les lois aérodynamiques. Bien qu’en général, la charge alaire augmente avec la taille de l’oiseau, pour lui assurer une bonne portance dans le ciel (force qui maintient le volatile en l’air), il a tout d’abord fallu réduire sa charge alaire (rapport entre la masse de l’oiseau et la surface portante de ses ailes) en lui greffant des ailes larges munies d’interstices (échancrures dessinées à l’extrémité des ailes), la pointe flexible des rémiges primaires permettant de réduire la création du tourbillon marginal qui se créé aux extrémités des ailes.

Son but premier étant de faire diminuer la résistance aérodynamique, retenez tout simplement que chez les oiseaux, l’émargination réduit la turbulence tout en augmentant la portance !

Episode 12 : Le vol de la Cigogne ! Photo CP du 15 février 2017. Cliquer sur l’image pour l’agrandir

En modifiant sa cambrure en cours de vol et en jouant avec son plumage, la Cigogne blanche va améliorer la portance de l’aile et par conséquent, la finesse qui doit être la plus élevée possible. Les plumes qui constituent les ailes d’un oiseau en vol vont sans cesse améliorer le profil !

En utilisant des dispositifs hypersustentateurs naturels qui ont pour fonction de modifier la finesse durant les toutes phases de vol, la cigogne va tout simplement se laisser glisser dans l’air en économisant son énergie…

Solides et flexibles, les rémiges ont bien entendu un rôle particulier à jouer !
– Les rémiges primaire permettent la propulsion au décollage et jouent le rôle d’hélice.
– Les rémiges secondaires et tertiaires constituent l’essentiel de la surface portante de l’aile. Utilisées comme volets de courbure, les rémiges secondaires permettent l’augmentation de la cambrure et de la surface de l’aile. En modifiant sa courbure en vol, la Cigogne blanche va augmenter la portance pendant les phases de vol lent.
– Les rémiges tertiaires quant-à-elles sont situées dans la partie interne de l’aile et contribuent à réduire les turbulences.
– L’alule, partie du plumage des oiseaux portée par le pouce est composée de rémiges bâtardes : elle fait office de bec de bord d’attaque permettant l’augmentation de la cambrure et de la surface de l’aile. L’alule est déployée vers l’avant uniquement lorsque l’oiseau approche de sa vitesse minimale de sustentation, comme en phase d’atterrissage notamment et favorise la portance à basse vitesse tout en réduisant le risque de décrochage.
– Les rectrices qui sont les plumes de la queue, servent de gouvernail. Pareillement aux pattes, les rectrices font également office d’aérofreins lors de l’inéluctable retour sur le plancher des vaches !

Episode 13 : L’ascendance thermique ! Photo CP du 24 janvier 2019. Cliquer sur l’image pour l’agrandir

La Cigogne blanche pratiquant le vol battu sur de courtes distances, en voyageant au grès des ascendances thermiques avec ses 2 mètres d’envergure, sa large voilure en fait un excellent migrateur capable de parcourir d’un seul trait et à la vitesse moyenne de 50 km/h, une distance d’environ 300 kilomètres par jour.

Les ascendances thermiques dont le diamètre peut atteindre plusieurs centaines de mètres sont provoquées par un échauffement du sol par le soleil qui est pratiquement à la verticale…

Dans cette zone particulière où l’air est plus chaud que l’ensemble de la masse d’air environnante, l’air réchauffé au plus près du sol par l’astre solaire va se dilater (il va subir une poussée vers le haut qui le rend plus léger, principe d’Archimède) et se décoller pour s’élever peu à peu dans le ciel.

En empruntant ces véritables ascenseurs pouvant atteindre une vitesse ascensionnelle de plusieurs mètres par seconde, la cigogne, les ailes étendues, va se laisser porter tel un planeur pour gagner de la hauteur et dépasser parfois les 2000 mètres d’altitude sans nullement se fatiguer.

Pour mieux pouvoir contempler la beauté des paysages du monde qui nous entoure, voler à l’énergie solaire est une solution peu coûteuse en énergie lorsqu’il s’agit de voyager à bas prix.

Episode 14 : Les naissances ! Photo CP du 17 avril 2019. Cliquer sur l’image pour l’agrandir

Sur notre liste des couples de stars ailées les plus glamours, le moment tant attendu est arrivé ! Depuis plusieurs jours en effet, il faut se rendre à l’évidence, il y a bien de l’agitation au nid. Après plus d’une trentaine de jours d’incubation, les poussins ont enfin éclos…

Le 17 avril, « Jules et AICA » m’ont annoncé avec fierté la naissance de leurs cigogneaux. Ce couple des plus mythiques que je ne vous avais pas encore présenté niche à proximité de la plateforme de « Roméo et Juliette ». Pour vous les situer, « Jules et AICA » sont tout simplement les plus proches voisins.

« AICA » est la doyenne des lieux. C’est une Cigogne blanche des plus affectueuses que je connaisse, mais avant tout une mère douce, aimante et particulièrement attentionnée avec toute sa progéniture… Du haut de ses 11 ans, cette maman pleine de vie donne naissance chaque année à de nombreux poussins.

« Jules » partage sa vie depuis toujours. Ce mâle à fort caractère est un grand râleur et surtout un beau parleur. Son plus grand vice en période d’accouplement est de jouer les grands séducteurs… Notre homme est un mari volage mais je vous en conjure, n’en dite rien à sa chère et tendre. Mari infidèle, je l’ai encore surpris au début du printemps à convoler sur son nid avec une autre pendant que sa charmante épouse était absente !

Je vous l’accorde, la vie de couple chez la Cigogne blanche n’est pas toujours un long fleuve tranquille. A l’image de l’homme, il ne faut jamais se fier aux apparences qui sont souvent trompeuses.

Mais « Jules et AICA » s’aiment, c’est une évidence ! Pour preuve, trois cigogneaux sont issus de leur union ce nouveau printemps. Pesant moins de 100 grammes à la naissance, les poussins sont revêtus d’un duvet clairsemé gris. Très fragiles les premiers jours de leur vie, ils sont réchauffés sous les plumes d’un des deux parents qui doit rester grandement vigilant notamment en période de temps froid et pluvieux.

Bien que souvent synonymes avec l’époque de l’éclosion, les mauvaises conditions météorologiques provoquent des pertes qui peuvent s’avérer sérieuses dans les couvées car des températures trop basses peuvent entraîner la mort des cigogneaux. A lui seul en général, le climat détermine bien souvent le succès de la reproduction et bien que les années se suivent dans les prairies humides du fleuve, elles ne se ressemblent pas !

Naissant à 48 heures d’intervalle en moyenne, l’aîné a davantage de chances de survivre que le cadet ou le benjamin car il est le premier à se nourrir et à prendre des forces. Bien que les poussins ne s’attaquent pas entre-eux lors du nourrissage au nid, il arrive parfois que le membre le plus faible de la fratrie puisse être tué et éjecté du nid par les parents, surtout lorsque les ressources alimentaires se font insuffisantes.

Mais rassurez-vous car là encore, la pratique de l’infanticide chez la Cigogne blanche n’est pas monnaie courante bien qu’elle reste un moyen efficace de réduire la taille de la couvée, tout en augmentant les chances de survie des autres cigogneaux au détriment du plus faible. C’est un phénomène que j’ai pu moi-même constater il y a encore quelques années en arrière chez certains couples nichant dans les Barthes de l’Adour !

Il semblerait néanmoins que ce printemps encore, la nature en ait décidé autrement, étant donné que toute la famille se porte à merveille chez ce couple de la famille des Ciconiidés. Les poussins sont âgés d’une quinzaine de jours et se montrent de plus en plus actifs, quémandant sans cesse de la nourriture à leurs parents qui se succèdent au nid pour les ravitailler. Nourris plusieurs fois par jour, ils passent les premières semaines de leur vie à se goinfrer sans interruption sous la surveillance des parents.

Quant à « Roméo et Juliette », les nouvelles en ce début de mois de mai ne sont pas bonnes et les rumeurs qui se propagent à vive allure à travers la faune sauvage vont bon train. Un drame serait en train de se jouer car les œufs ne seraient toujours pas éclos. En plein désarroi, le couple s’attendrait au pire dans les jours à venir !

Episode 15 : Les naissances ! Photo CP du 13 mai 2019. Cliquer sur l’image pour l’agrandir

Les héritiers de « Jules et AICA » ne cessent de grandir au fil des jours. Quant au benjamin, il n’a malencontreusement pas survécu… Si dans les premiers temps, lombrics, insectes et invertébrés composaient les premiers repas, leur taille imposante d’aujourd’hui leur permet d’avaler des proies bien plus importantes comme de petits mammifères.

Lors de la régurgitation, les adultes déversent de grandes quantités de nourriture à la fois sur le fond du nid. Très voraces et peu bavards lors du repas, les poussins n’en font généralement qu’une bouchée !
Pour leur donner à boire, les parents prennent de l’eau dans leur gorge et la font couler dans le bec des cigogneaux.

Âgés de plus de 5 semaines, leur plumage ressemble de plus en plus à celui des parents. A cet âge, les cigogneaux se tiennent fréquemment debout sur le nid et commencent à exercer leurs muscles en battant des ailes.

Dans quelques semaines, comme l’ont toujours si bien fait fait les générations précédentes, à leur tour, ils s’élanceront du nid pour prendre leur envol !

Episode 16 : Le baguage des cigogneaux ! Photo CP du 24 mai 2019. Cliquer sur l’image pour l’agrandir

Dans les marais du fleuve, le retour du printemps est synonyme de rajeunissement et de renouveau. Aujourd’hui est jour de fête pour les premiers cigogneaux qui n’auront pas échappé à la traditionnelle séance de baguage. Depuis peu, les poussins d’AICA qui viennent de se faire passer la bague aux pattes ne vous diront pas le contraire, c’est même sûr et certain !

En France, le baguage reste un outil scientifique qui exige rigueur et sérieux dans sa pratique. Il est coordonnée par le Muséum d’Histoire naturelle de Paris et a pour but de parfaire ses connaissances sur l’espèce en récoltant le maximum d’informations. Le baguage permet de reconnaître l’oiseau à distance sans le déranger et à de multiples reprises, mais également de se familiariser peu à peu avec ses mœurs et habitudes. Il est (et a toujours été) le meilleur outil pour déterminer les voies de migration et les zones d’hivernage et de nidification des oiseaux…

Chaque pays utilise en général ses propres bagues qui diffèrent par leur couleur et leur structure, l’objectif étant de différencier l’espèce en question de celles des autres pays. Ainsi donc, une Cigogne blanche allemande portera une bague de couleur différente que celle de son homonyme français, hollandais ou espagnol !

Posées il y a peu sur leurs longues pattes en guise d’offrande très particulière, ces poussins se sont vu décorer de deux types de bagues bien distinctes.
– D’une bague métallique, légère et très résistante. Elle comporte plusieurs informations. Un numéro unique y est inscrit et permet de savoir où et quand la cigogne a été baguée. La mention « France » ou « Muséum Paris » est mentionnée. C’est la carte d’identité de la cigogne.
– D’une bague plastique blanche mesurant 40 mm de hauteur qui est passée à la couleur verte ces dernières années. Cette dernière comporte 4 lettres blanches verticales dont la combinaison est unique. Ce code, que l’on peut distinguer avec une longue-vue ou parfois même avec des jumelles, permettra de reconnaître l’individu bagué et de le suivre pendant plus d’une décennie, soit tout au long de sa vie.
Les cigognes baguées en France portent donc ces deux bagues, une sur chaque tibia !

Pour baguer la Cigogne blanche, il faut avoir accès au nid. Etant très difficile de pouvoir approcher une cigogne adulte à l’état sauvage, le bagueur de cigognes se rabattra sur le cigogneau à une période précise. C’est lorsque le jeune échassier sera approximativement âgé de 6 à 7 semaines qu’il fera généralement son intervention. Avant cet âge, les pattes du cigogneau ne supportent pas les bagues. S’il est plus âgé, un envol prématuré du jeune pourrait interrompre et mettre un terme définitif à la séance de baguage.

Lors de cette célébration, les parents ne laissent apparaître aucune agressivité envers le bagueur qui manipule leur progéniture avec la plus grande attention. Les adultes le surveillent de loin et bien souvent en planant autour de l’habitat. L’homme est le seul prédateur connu de la cigogne et lorsque il accède au nid, la petite cigogne se couche en faisant la morte pour éviter l’agression.

Bien souvent, le baguage a lieu sur la terre ferme, après que le cigogneau ait été descendu de sa vigie par un aide ou un élagueur si le bagueur est resté au sol. A des fins de reconnaissance, d’authentification et d’identification, des mesures biométriques sont effectuées sur-le-champ sur le jeune oiseau. Après s’être fait passer la bague aux pattes, le juvénile est rapidement remonté au nid.
Pour voir ou revoir l’épisode du baguage en images, c’est par ici : ↪️

Rassurez-vous, là encore, l’odeur humaine laissée sur le cigogneau n’occasionnera aucune gène pour les parents !

Episode 17 : L’envol ! Photo CP du 26 juin 2019. Cliquer sur l’image pour l’agrandir

A 60 jours environ, après avoir passé de longues heures à se muscler et s’exercer à battre des ailes au nid en effectuant de multiples sautillements et soubresauts, les cigogneaux sont enfin prêts à faire le grand saut !

Durant ces dernières semaines, les jeunes Cigognes blanches devenues aujourd’hui adolescentes ont pris des forces mais également de l’assurance…

Après des heures de pratique et d’entraînement, la musculature des ailes s’est bien développée et les longs battements d’ailes leur ont permis de s’élever chaque jour, de plus en plus haut au-dessus du nid.

Pour ces cigogneaux qui n’ont toujours connu que quelques centimètres carrés de leur aire durant toute leur enfance, faire dorénavant le grand saut est un élément décisif et crucial pour leur avenir !

Le vol est inné chez les oiseaux et les parents n’apprennent pas à voler à leur progéniture… Lors de leur premier envol, les cigogneaux vont tout d’abord découvrir leur proche environnement. Les vols sont cours et maladroits, mais assez fréquents en somme et au tout début, les allers et retours sont monnaie courante entre le sol et le domicile familiale.

Les jeunes deviennent rapidement indépendants, cherchant seuls leur nourriture mais reviendront encore quelques jours sur l’aire quémander becquetance à leurs parents ! Bien que les adultes répondent encore à leur demande, le nourrissage sera peu à peu arrêté au nid. Le temps de l’émancipation est alors arrivé pour les cigogneaux, qui peu à peu, quitteront le repaire familiale dans la matinée pour n’y revenir qu’en fin de journée.
Photo Alain Dubau

Au fil des jours, ces derniers deviennent de plus en plus aguerris. En gagnant de la confiance, les jeunes cigognes vont prendre de la hauteur pour découvrir du ciel, le territoire choisi par leurs parents !

Apprendre à voler n’est évidemment pas si simple mais la confiance en soi et la maîtrise du vol leur permettront de surmonter de nombreux obstacles à venir puisqu’un un très long voyage les attend !

L’horloge interne tourne, c’est inévitable ! Il faut désormais oser ouvrir ses ailes au plus vite et prendre son envol car la grande migration qui guette toutes ces jeunes Cigognes blanches approche inexorablement à grand pas…

Episode 18 : L’urohydrose ! Photo CP du 4 juillet 2019. Cliquer sur l’image pour l’agrandir

La Cigogne blanche a développé une ingénieuse stratégie pour survivre en milieu hostile. Aussi bien étonnant que cela puisse paraître, la pratique de l’urohydrose a été mise en place, testée et approuvée par certaines espèces animales dans la nature pour lutter contre la canicule et les fortes chaleurs…

La technique est assez simple en somme mais il fallait vraiment y penser ! La nature fait généralement bien les choses et a encore beaucoup à nous apprendre, encore faut-il prendre cependant le temps de l’observer pour mieux tenter de la comprendre !

En pratiquant l’urohydrose en période caniculaire, alors que l’ombre manque et que le soleil est au plus proche du zénith, en se faisant tout simplement pipi sur les pattes, Dame cigogne a trouvé un moyen infaillible pour refroidir sa température corporelle puisqu’il en va de sa survie.

Voilà une drôle de façon d’abaisser la température de son corps lorsque l’on est une Cigogne blanche !

Ne rigolez pas car la technique employée est imparable. Mieux encore, elle s’avère diablement efficace ! En urinant et en déféquant sur ses pattes écailleuses, l’eau s’évaporant, l’urine va refroidir la peau mais également le sang qui y circule, abaissant ainsi la température corporelle de notre bel échassier !

En utilisant l’évaporation de l’eau comme méthode de refroidissement de la peau, la Cigogne blanche peut ainsi supporter des températures relativement élevées… La tendance actuelle est au naturel et contrairement aux hommes, la cigogne sait utiliser sa climatisation de façon plus éco-responsable ! Photo Alain Dubau

La teinte blanchâtre sur les pattes est provoquée par l’urine qui est riche en acide urique ! Voilà la raison pour laquelle la Cigogne blanche a souvent les pattes blanches lorsqu’il fait très chaud.

Episode 19 : La migration ! Photo Alain Dubau du 15 juillet 2019. Cliquer sur l’image pour l’agrandir

En cette période estivale, les cigogneaux accumulent les heures de vol et l’apprentissage bat son plein ! Il faut faire vite car dans quelques semaines, un cycle annuel se dessine à l’horizon.

En effet, la migration post-nuptiale devrait conduire les jeunes Cigognes blanches et les adultes en direction du Maghreb (Maroc, Mauritanie), et les plus courageuses d’entre elles gagneront les zones d’hivernage en Afrique subsaharienne (Niger, Tchad, Mali…) pour y passer l’hiver.
Concernant les juvéniles, ces derniers y resteront les premières années de leur vie et ne reviendront sur le lieu de leur naissance que lorsqu’ils seront sexuellement matures, soit approximativement vers l’âge de 3 à 4 ans…

Certes, un départ en plein été un peu précipité mais la raison en est pourtant simple ! Par beau temps, tous ces échassiers profitent de l’abondance et de la générosité des ascendances thermiques pour effectuer un voyage peu gourmand en dépenses énergétiques. Ces bulles d’air chaud tant convoitées (en été, les ascendances thermiques sont provoquées par un échauffement important du sol par le soleil qui est pratiquement à la verticale) peuvent amener ces oiseaux jusqu’à plus de 2000 mètres d’altitude.

Excellent voilier, la Cigogne blanche est capable d’effectuer en un seul trait une distance d’environ 300 kilomètres par jour. En vol, le principal effort qu’elle ait à accomplir est d’étendre ses larges ailes, ses pattes et son long cou. En empruntant ces nombreux thermiques, la cigogne va se laisser porter par les airs pour planer en direction du Sud. Migrer est une nécessité car c’est bien le manque de nourriture qui pousse la Cigogne blanche à quitter ses zones de reproduction pour gagner ses quartiers d’hiver.

Lorsque la reproduction est terminée, adultes et jeunes se rassemblent jusqu’à plusieurs centaines d’individus. Cependant, nombreux sont les juvéniles à partir seul pour ce grand périple car ils n’ont pas besoin de l’aide de leurs parents pour les guider vers l’Afrique. Merveilles ou prouesses de la nature, les cigogneaux prennent la direction du Sud de façon innée puisque cela est inscrit dans leurs gènes dès la naissance !

En Europe, deux axes aériens sont fréquentés pour réaliser leurs migrations (la Cigogne blanche migre deux fois par an). Photo Alain Dubau
– Pour celles nidifiant à l’Ouest, elles voyageront en direction de la France et de l’Espagne et survoleront le détroit de Gibraltar pour rejoindre l’Afrique…
– Quant aux cigognes est-européennes, elles emprunteront le détroit du Bosphore via la Grèce, contourneront la mer Méditerranée en longeant ses côtes pour arriver en Afrique par l’Egypte. Le voyage est plus long mais si Dame nature leur prête vie, elles maintiendront leur cap jusqu’en Afrique du Sud !

En France, les cigognes suivent également deux routes migratoires bien distinctes mais quelque soit le chemin emprunté, il les conduira toutes au même endroit ! A la pointe de l’Europe face au Maroc, où le détroit de Gibraltar est l’objet de toutes les convoitises…
– Pour les cigognes nichant dans la partie Est de la France, par le sud, elles emprunteront le couloir rhodanien avant de franchir les Pyrénées pour traverser l’Espagne et gagner ainsi Gibraltar…
– Les cigognes nichant dans l’Ouest de la France longeront la façade Atlantique avant de traverser le Pays basque. Elles retrouveront leurs congénères à Gibraltar, après avoir survolé l’Espagne !

Mais pour des Cigognes blanches juvéniles inexpérimentées partant à la quête du Saint Graal, ce long parcours est considéré comme l’un des plus audacieux et bien souvent, leur vie est mise en péril ! Maladie, difficultés pour se nourrir, lignes électriques et sa chasse pratiquée dans les zones d’hivernage décimeront malheureusement les deux tiers des jeunes !

Cependant, la migration a connu de profonds bouleversements ces dernières années et nombreuses sont les Cigognes blanches à avoir changer leurs habitudes de consommation ! La sécheresse, le manque d’eau, l’assèchement des zones humides, l’utilisation de pesticides et la déforestation en Afrique les ont contraint à changer de mode de vie…

La Cigogne blanche est avant tout un oiseau opportuniste et sur sa route, les vastes décharges rencontrées offrent une nourriture abondante lui évitant ainsi un épuisant voyage ! Véritable Eldorado de la malbouffe, les dépotoirs à ciel ouvert qui jonchent les sols dans le sud de l’Europe et dans le nord de l’Afrique sont pour elle des sources sûres de provisions…

A l’heure actuelle, les Cigognes blanches semblent ne plus vraiment vouloir migrer, elles se sédentarisent ! Désormais, au lieu de quitter l’Europe pour l’Afrique, certaines préfèrent désormais écourter leur trajet de migration hivernale.
Les Cigognes blanches nichant dans les Barthes de l’Adour ne dérogent pas à la règle. En réalité, un tiers de la population aurait finalement renoncé à la migration…

Il faut se rendre à l’évidence ! Bien plus qu’une source de fascination pour l’homme, le cycle de la migration des oiseaux est juste un mouvement perpétuel de la vie ! Pour celles encore chassées par cet instinct de pérégrination qui ont soif de nouveautés et de découvertes, il ne reste plus qu’à leur souhaiter bonne chance dans cette formidable aventure vécue depuis la nuit des temps par des millions d’oiseaux…

𝗘𝗽𝗶𝗹𝗼𝗴𝘂𝗲 ! « 𝗥𝗼𝗺𝗲́𝗼 𝗲𝘁 𝗝𝘂𝗹𝗶𝗲𝘁𝘁𝗲 », 𝗾𝘂𝗲 𝘀𝗼𝗻𝘁-𝗶𝗹𝘀 𝗱𝗲𝘃𝗲𝗻𝘂𝘀 ? Photo CP du 24 février 2019. Cliquer sur l’image pour l’agrandir

Dix-neuf épisodes ont relaté la vie de la Cigogne blanche, et j’ose espérer que vous avez beaucoup appris sur cet oiseau qui partage ma vie depuis plus de 15 ans maintenant.

Cependant, je ne pouvais pas clôturer le reportage sans vous donner des nouvelles de « Roméo et Juliette », couple charismatique que je vous avais fait découvrir en début d’année !

Comme vous l’aurez sans doute compris, il n’y a pas de fumée sans feu ! Les commentaires, propos malveillants, cancans et commérages qui fusaient de toutes parts dans le voisinage du couple à la fin du mois d’avril dernier étaient donc vrais ! « Roméo et Juliette » font malheureusement bien partie de ces couples de Cigognes blanches qui exceptionnellement cette année, n’auront pas donné naissance à des cigogneaux…

La nature reste mystérieuse et il arrive parfois qu’elle en décide autrement ! Les raisons peuvent être multiples à cela et aujourd’hui encore, je ne saurai vous apporter une réponse plus précise à ce sujet… Il est possible avec l’âge que l’un des deux reproducteurs soit devenu stérile ou tout simplement, allez savoir, qu’il n’y ait pas eu fécondation…

Autre interrogation ? Les conditions météorologiques ont été très capricieuses lors de la période de reproduction et l’on sait bien évidemment que les températures fraîches et le temps humide diminuent aussi le succès reproducteur…

Hélas pour eux, « Roméo et Juliette » ont du se résoudre à abandonner leur nid le 1 juin 2019 en laissant trois œufs derrière eux ! J’ai pu revoir ce couple indestructible à trois reprises depuis cette date fatidique avant qu’il ne disparaisse de la circulation !

La période tant attendue et redoutée est arrivée pour ces oiseaux migrateurs et l’heure des au revoir vient tout juste de sonner. En ce début de mois d’août, cigognes et cigogneaux ont quitté les Barthes de l’Adour pour partir découvrir de nouvelles destinations !
Souhaitons leur un bon voyage…
Olivier BRUNI

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